Coline Mattel: une médaillée de Bronze en or.

Le 11 février 2014 les femmes s’envoyaient en l’air à plus de 90m pour la première fois de l’histoire des Jeux Olympiques. Jusque là, d’obscures raisons de descente d’organes et de stérilité leur fermaient la porte de la compétition de saut à ski. Si elles n’ont pas encore le droit de s’envoler aussi haut que les hommes (le saut de 120m leur est encore impossible) les arguments d’un autre âge du Comité international olympique ont enfin pu être dépassés. Et pour l’occasion, une française s’est hissé à la 3ème place du podium Olympique. Pas rien. Et quand on connaît l’athlète, on se dit que ce challenge était forcément pour elle. Femme Atout fer a rencontré ce petit bout de femme qui n’a peur de rien ni de personne.

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Coline Mattel, médaillée de bronze aux JO de Sotchi à 18 ans.

Femme Atout Fer: Pourquoi les femmes ont-elles attendus 2014 pour sauter à ski aux JO?
Coline Mattel:
Pour des raisons misogynes et sexistes. Car le saut à ski était considéré comme un sport de « vrai mec ». Du coup, ils inventaient de fausses raisons médicales selon lesquelles le saut à ski rendrait les femmes stériles. Personnellement, j’aurais plus peur de sauter si j’étais un homme! Mais ce manque de reconnaissance a aussi entraîné le fait qu’il n’y avait pas assez d’athlètes féminines de haut niveau pendant de nombreuses années.Le CIO s’est servi de cet argument pour dire que le niveau n’était pas suffisant et qu’il n’y avait pas assez d’athlète pour en faire une discipline olympique. En 2010, après le refus du CIO d’inclure cette discipline aux Jeux Olympiques, des athlètes américaines et canadiennes ont porté plainte contre le comité olympique pour discrimination. Elles avaient perdu pour la raison que ce refus ne venait pas d’une raison sexiste mais bien parce qu’il n’y avait pas assez de compétitrices. C’est le chat qui se mord la queue.

Qui a tenu bon pour que le saut féminin soit enfin reconnu comme discipline olympique?
C.M:
Des athlètes américaines et canadiennes. Depuis une quinzaine d’années, un petit groupe de femmes se bat pour pouvoir sauter en compétition international.  Il faut savoir qu’en 1924 en compétition à Chamonix, les femmes sautaient déjà à ski. La discipline est autorisé depuis plusieurs années dans des compétitions nationales mais il aura fallu attendre 2006 pour qu’il y ait une épreuve féminine aux championnats du monde et 2014 pour les Jeux Olympiques!

Aujourd’hui l’équipe de France compte combien d’athlètes féminines?
C.M:
Nous sommes cinq. Deux juniors et trois athlètes de haut niveau. Aujourd’hui encore, bien sûr, avec ce retard dans la compétition nationale, le sport est moins compétitif que chez les hommes. Il y a 15 médaillables olympiques sur le circuit mondial contre le double chez les hommes.

Tu parlais des athlètes américaines et canadiennes qui se sont battues, mais en France, certaines se sont-elles battues pour que tu puisses sauter aux Jeux Olympiques aujourd’hui?
C.M:
Oui, Caroline Espiau est la pionnière de l’équipe de France (elle est âgée de 22 ans). Mon entraineur a décidé de s’occuper de cette cause car nous faisions des compétitions avec les hommes, mais il y a des différences physiques évidentes entre les hommes et les femmes donc le combat n’était pas équitable. Jacques Gaillard (cf son entraîneur) a pris l’initiative de créer cette équipe de 5 filles.

Et toi, ce manque de compétition internationale ne t’a pas fait peur? L’absence des femmes aux Jeux Olympiques par exemple ne t’as pas démotivé quand tu as commencé le saut à ski?
C.M:
Non, quand j’étais petite j’ai commencé par le ski de fond et le ski alpin. Puis, dès que j’ai essayé le saut à ski, j’ai tout arrêté tellement ça m’a plu. Dans ma tête, ce n’était pas grave qu’il n’y ait pas de circuit féminin, j’allais faire des coupes de France avec les garçons toute ma vie. J’ai commencé les compétitions à 11 ans, et à cet âge, les différences physiques entre les filles et les garçons ne se ressentent pas encore. Lorsque j’ai su qu’on ne pourrait pas sauter aux JO de Vancouver en 2010 j’avais 13 ans, j’avais donc le temps de viser d’autres olympiades.Ca ne m’a jamais posé problème, j’aimais mon sport et je voulais l’excercer, voilà tout. Même si pour une compétitrice comme moi, l’ouverture aux grandes compétitions internationales étaient grisante.

Quelle est l’ambiance avec les garçons dans l’équipe de France?
C.M:
Je n’ai jamais eu de rancoeur contre les garçons qui eux faisaient des compétitions internationales et pas moi. On se croise très peu, mais aujourd’hui encore le saut à ski masculin est beaucoup plus attractif que le saut à ski féminin. Donc lors des compétitions « mixtes », on profite de l’exposition que nous apporte les hommes. Ils attirent plus de monde et ont bien sûr plus d’expérience sur le circuit international. Cela nous permet de montrer aux gens qu’au niveau des performances, le saut à ski féminin est aussi impressionnant que le saut à ski masculin.

Dans cette discipline longtemps exclusivement masculine, ce n’est pas trop dur d’être une femme?
C.M:
Pas pour moi. Je ne me suis même jamais posé la question. Je suis arrivée au bon moment dans ce sport, au moment où les choses commençaient à évoluer. Je n’ai que 18 ans et j’ai déjà participé à des Jeux Olympiques et gagné une médaille! La confiance en moi ne m’a jamais manqué. J’ai même parfois échoué par excès de confiance. J’ai toujours fait de bons résultats sans trop me fouler. Et puis avec l’entrée des filles au niveau international le niveau s’est intensifié mais je me disais toujours « ça va passer ». Sauf que parfois ça n’est pas passé! J’ai donc compris que mon talent ne suffisait pas, il fallait que je bosse!

Tu as fait preuve d’un mental d’acier pour ces premiers Jeux Olympiques. Revenir avec une médaille de bronze c’était un objectif?
C.M: Mon objectif était d’être première! J’ai toujours été une compétitrice, à chaque compétition, je veux être la meilleure. Et j’arrive à transcender mon stress en performance. Cette saison, j’avais fait un seul podium avant de commencer les Jeux Olympique, alors que  Sara Takanashi, la japonaise dominait le classement mondial. Elle a pourtant fini derrière moi aux Jeux,à la 4ème place. Preuve que le stress est bien présent dans cette compétition. Et en ce qui me concerne, le stress me permet de me surpasser.C’est elle la concurrente la plus sérieuse. Elle est plus dangereuse que la championne Olympique Carolina Vogt.

Tu continues à suivre des études en parallèle de ta carrière sportive?
C.M:
Oui, je suis en licence Arts du Spectacle à la face de Grenoble. Je pense que je vais faire ma licence en 15 ans mais j’ai réussi à avoir un emploi du temps aménagé. Car les entrainements sont quotidiens (4à 5 heures/ jour) et l’hiver le championnat du Monde est l’objectif majeur. Surtout que nous ne sommes pas professionnelles dans le saut à ski, nos seuls revenus viennent des sponsors d’où l’important de faire de bons palmarès dans les compétitions majeurs afin d’être remarquées par les financiers. Mais ce que je gagne me permet de vivre bien et pour l’instant, j’adore ma vie!

Quels sont tes objectifs à court et moyen terme?
C.M:
Dimanche 15 juin, je suis reçue à l’Élysée, avec tous les médaillés olympiques, afin de recevoir la médaille du Chevalier de l’ordre National du Mérite. On regardera ensemble dans un salon privé le premier match de l’équipe de France de foot pour le mondial! Et pour le côté sportif, je vise la première place des prochains championnats du Monde (compétitrice on vous a dit). J’espère également que pour les prochains Jeux Olympiques de 2018 les filles pourront sauter du grand Tremplin (120m). Et il faut qu’une épreuve féminine soit ENFIN crée pour la TOURNEE des 4 Tremplins qui est LA compétition phare du saut à ski, comme les XGAMES pour le ski. Malheureusement, encore aujourd’hui, les filles n’y ont pas accès!