J’ai remercié mon homme pour la vaisselle et j’ai gloussé devant Brigitte.

L’autre soir, l’homme qui partage ma vie mais non mon toit, a fait la vaisselle après notre dîner, sous mon toit.
Une fois qu’il eût terminé, je lui ai dit amoureusement « merci pour la vaisselle ». Grand sourire, cœur ouvert. Puis soudain un doute : m’aurait-il remercier, en pareil cas ?
Pas difficile à savoir… le nombre de fois où je me suis livrée à cet exercice est suffisamment grand pour connaître la réponse : non. Jamais de merci.

Aucunement. Car voyez-vous, lorsque je fais la vaisselle, c’est normal. L’ordre des choses. Mais si lui la fait en revanche, ça devient un super geste super sympa, merci t’as fait la vaisselle, t’es trop chou. Oh, mon mec est cool quand même, merci chéri 🙂

Je suis sûre que ça vous est arrivé souvent à vous aussi, ce genre de remerciement béa parce qu’il a lavé votre bol. Sans que vous vous posiez même la question.
Moi-même, alors que je suis profondément attachée à l’égalité homme-femme (mais à la vraie égalité s’il vous plait, pas celle qui arrange « tu peux me porter ma valise, elle est lourde ? » ou de façade « plus de mademoiselle, on ne devient une madame quand on se marie »)
Bref, profondément attachée, disais-je, à l’égalité homme-femme, j’ai prononcé des milliers de fois des remerciements gluants de tendresse à mes hommes successifs qui se trouvaient devant l’évier, éponge en main.

Avant que cette phrase, qui en réalité n’aurait pas dû survivre à 1958, ne me saute aux yeux.

Une illustration de combien nos rôles prédéfinis sont ancrés dans notre chair.

Lorsque j’avais ce genre de débat à la maison, plus jeune, mon père, ce macho! , me répondait que s’il ne savait pas où se trouvaient les assiettes, c’est bien lui qui tondait la pelouse le week-end (cette répartition des tâches extrêmement genrée lui semblait être le sumum de l’égalité et la preuve de sa bonne foi).
Mais d’après ce que je me souviens, ma mère le remerciait pour la pelouse tondue. Or, je n’ai pas le souvenir de l’avoir entendu le soir tard remercier ma mère pour la cuisine étincelante.

Je suis personnellement pour l’égalité parfaite entre les gens. Je l’ai déjà dit. Je porte donc ma valise trop lourde, je laisse mon mec faire la cuisine, et je ne le remercie plus quand il fait la vaisselle.

Ou alors je lui demande de me remercier lorsque je la fais. Si nous réfléchissons à toutes les réactions instinctives qui prouvent notre soumission et leur supériorité, nous changerions peut-être en profondeur nos rapports. Même si ces réflexes ne semblent pas bien dangereux, ils contribuent jour après jour, à nous laisser dans les cases qu’on nous a attribuées. Et si moi, profondément en révolte contre ces cases, je me laisse aller à remercier un homme lorsqu’il fait sa propre vaisselle, imaginez les femmes qui ne portent pas ce combat. Oh ! combien chaque jour, elles doivent en avoir des réflexes de ce genre.

J’ai repensé à tout cela en lisant un article sur Brigitte Macron. Quel rapport me direz-vous ? Et bien je ne sais quoi penser du traitement de cette femme dû à son âge. Comme devant un homme qui fait la vaisselle, j’ai tout d’abord respecter les codes que l’on m’a inculqué -devrais-je dire incubé- j’ai gloussé.
Cette pomme ridée, avec un homme si jeune ! Les hommes, trentenaires, je les connais machos (encore trop souvent), aimant le sexe et les filles en short (avec des fesses sans bosse), et des visages sans ride ! Moi-même, 30 ans de moins que Brigitte, me sens si peu souvent à la hauteur de leurs exigences physiques ! (ATTENTION REFLEXE INCUBÉ : une femme doit être belle pour plaire à un homme. Code incubé n°98)
Puis j’ai rejoindre le clan du « ça ne peut être qu’une couverture ». Car pour moi aussi donc, pourtant profondément féministe, un « jeune » homme ne peut pas être attiré par une femme comme elle. Il doit y avoir un loup.

Mais ce gloussement et cette réaction n’illustrent-ils pas une misogynie instinctive, doctrinaire ?
Soudain, j’assimilais leurs propos, j’acceptais leurs idées, l’incubation a fonctionné.

Car je n’avais pas bronché devant Donald et Melania Trump.

Que Brigitte et Emmanuel Macron soit un vrai couple ou non là n’est pas la question.
Ils l’ont été, et de façon certaine.

Le problème est que je me suis posé la question. Et que j’ai gloussé.

Et que j’ai remercié mon amoureux d’avoir lavé son assiette.

La différence homme-femme, on nous la dilue dans les veines. Par piqure régulière, depuis notre naissance.

Alors ouvrons l’œil.  Et cherchons un vaccin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s