Arrête de pleurer, Pénélope.

Il est marrant Monsieur Fillon. D’abord on le pensait catholique, chrétien comme il disait. Cette affirmation en soi me posait déjà quelques soucis car je n’ai jamais rencontré un chrétien totalement honnête. Les bons pères de famille qui vont à l’église le dimanche fourent toujours des tas de trucs pas clairs dans leurs prières. Au contraire, les honnêtes hommes que j’ai connus avait toujours bien mieux à faire qu’à aller prier avec bobonne le dimanche matin. Parce que pour le chrétien, sa femme, c’est bobonne.Et attention, c’est un compliment maman.
Bien sûr en public il lui donnera des « mon épouse ». Une épouse bien docile, à qui il a fait 5 enfants, ou 3 ou 4. Les seuls coïts, à quelque chose près. Parce que pas de contraception chez nous, non, pas de ça. Alors pour ne pas que bobonne engendre plus que l’on pourrait nourrir, on évite de lui conter fleurette le soir tard. Car si l’avortement est interdit, l’adultère, lui, est-il puni dans aucune religion lorsqu’il est masculin ? Biaser sa femme c’est pêché, baiser celle d’un autre c’est permis.
Toléré, presque un rite de passage pour montrer qu’on est bien un bonhomme!
Certes les hommes ont besoin de procréer, pour ça il y a la petite épouse aux cheveux gris précoces. Mais pour les besoins de sexe, pas question d’y mettre la main dessus !
Y a des choses à fourrer dans les prières le dimanche matin. Heureusement, bo-bonne a mis le serre-tête, desfois qu’il aurait eu envie de la prendre violemment par les cheveux en plein office.

Mais le père Fillon n’était pas que menteur, ni chrétien. Crétin aussi. Ca se ressemble, comme quoi il n’y a pas que moi que ça démange.
Lui qui voulait inventer un autre monde politique, plus moderne et hors système, nous vient tout droit du moyen-âge. Pas le plus sombre et le plus puant, non, celui où les hommes pensent que leurs femmes sont au mieux une quantité négligeable, au pire une source d’ennui. La belle époque. Que l’on pensait révolu. Il paraîtrait que depuis quelques études ait montré que les femmes savaient réfléchir et que certaines refusaient la maternité. Des foutaises contre-nature ! Dans le même sac (de linge sale) que le mariage pour tous ! Calomnies!

François avait épousé Pénélope. Une fille brillante, en étude de droit. Intelligente, on peut le sentir au premier de ses lourds regards.

Mais François ne voyait pas cela en Pénélope. 5 enfants plus tard, il n’avait toujours pas ouvert les yeux sur sa femme. Une femme au bord du désespoir qui, un jour de 2007, toute heureuse de trouver une compatriote à qui parler, avoue sans retenue, à la première oreille britannique compatissante venue, son long quotidien routinier, ennuyeux, barbant. Les yeux de Pénélope se mettent à briller lorsqu’elle s’amuse, dans un anglais enfin retrouvé, parfait,  de son envie de travailler, si son dernier enfant n’était pas venu au monde.
Attention Pénélope, ce jour là, à cette heure ci, tu étais censée avoir travailler, et beaucoup même. A temps plein, comme une vraie working girl. Sauf que travailler à temps plein, c’est justement ce que tu nous avoue vouloir… en vain. Et que le quotidien que tu nous comptes alors, n’a rien de celui d’une femme prise aux affaires pour un peu moins de 10 000 euros/mois.
Combien sur ton compte déjà ? Sans doute ne le sais-tu même pas. Ces histoires de sous, ce ne sont pas des histoires de bonnes femmes !
Elle aurait aimé Pénélope sans doute, arpenter les couloirs de l’assemblée nationale, dossiers sous le bras, et gamins en crèche. Elle qui doit se justifier auprès de ses chers bambins de ne pas être « si stupide, j’ai un diplôme de droit ». Oui car au moyen-âge, on élève ses enfants dans la tradition familiale : un papa et une maman, et pas d’entourloupe. Papa travaille, maman ronge son frein. Ou gâche sa vie à l’envie.Mais il est plutôt moderne François pour son époque, il rémunère ses rêves gâchés.

En fin de compte, la question n’est pas de se demander pourquoi François n’a pas pensé à dire à sa femme qu’elle gagnait 9500 euros/ mois, la question est de savoir pourquoi Pénélope n’a pas pensé à demander. Sans doute n’avait-elle pas voix au chapitre en ce qui concerne les comptes. Pensez-vous, pas des histoires de bonnes femmes on vous a dit.Mais quand même, la bonne femme, elle aurait pu ouvrir la bouche et relever la tête.
Je vous rappelle que l’on parle de la femme de François Fillon qui était lui-même le premier ministre de Nicolas Sarkosy. Un premier ministre qui n’a pas laissé grand trace de son courage, de son charisme, de son âpreté à tenir tête au petit chef du haut. Il était plutôt loser François dans son genre.
Sa frustration face à Nico, c’est Pénélope qui la payait. Le soumis soumettra, c’est la règle.

9500 euros/mois. Elle aurait été sans doute été fière de toucher cet argent Pénélope. Et voilà que je parle d’elle comme d’une petite fille.
Après tout, n’était-elle pas majeure pour l’envoyer bouler le François de la Sarthe ?
Mais lorsqu’on vit en 1543, peut-on se permettre ce genre de liberté? Toi tu dis ça parce que tu es libre, il est facile pour toi de dire ça au 21ème siècle… mais elle, à son époque, avait-elle le choix?

Et puis il est surprenant François. Sa défense n’est pas à son image. Lui qui voulait instaurer un statut de femme au foyer s’il était élu (on passera à côté, c’est bien dommage), n’a pas pensé à justifier le salaire de son épouse en rappelant sa lourde tâche d’éduquer 5 enfants. Comment ça vous osez dire que je n’ai jamais embauché ma femme ?! Je lui ai fait 5 enfants, si c’est pas un CDI ça !

Car bien sûr que non François n’a pas embauché Pénélope. Bien sûr que Pénélope n’a  jamais été au courant du compte courant sur lequel « son salaire » était rétribué.
Sans doute aurait-elle sauté dans une voiture direction l’assemblée si elle avait su. Se mettre au travail, tout de suite. Elle ne demandait que ça.
Lui la rémunérait pour un travail qu’elle ne faisait pas. Elle aurait donné tout cet argent pour pouvoir travailler pour de vrai. Drôle de famille.

Mais peut-être aussi que cet arrangement entre époux était une façon pour Pénélope de faire payer son mari pour ses rêves brisés. Une sorte de chantage entre époux.

Quoiqu’il en soit, arrête de mentir François.

Et arrête de pleurer, Pénélope.