Novembre : le « moi » sans prédateur

Tu me manques et je t’aime.

Tu sais quand j’ai su que ça n’allait pas? Lorsque j’ai écouté «Il est où le bonheur ? » de Christophe Maé, et que j’ai aimé. J’ai senti le début de la fin quand je penchais la tête genre « mec t’as trop raison » à l’écoute de ses paroles sur le chagrin qui sait nager le salaud, ou un truc dans le genre. Et j’ai failli prendre le téléphone et te rappeler quand il nous parle du bonheur qui fait pas de bruit et qu’on voit pas sauf quand il n’est plus là. Moi, les larmes aux yeux, la main sur le coeur je me disais « putain j’ai été dur, il écrit bien le con». J’ai su que j’allais mal. Très mal.

 Le sevrage que je m’abstiens est affreusement douloureux. Pourquoi a t-il fallu que tu reviennes me hanter alors que le trait que j’avais tiré avait tout l’air indélébile. Juste pour mettre mes nerfs à rude épreuve. Ou encore une de tes manipulations, une petite dernière, pour la route.
Mais j’ai pas plongé, non, non, non (Christophe Maé, je m’en sors pas). A défaut de plonger j’ai compris ce que j’étais : une cible de prédateur. Non parce que c’est pas possible, à un moment, d’enchaîner les 7 plaies d’Egypte version masculine, sans se rendre compte qu’il y a un problème. Soit les cons t’aiment beaucoup, soit t’aiment beaucoup les cons, mais il fallait faire quelque chose. Bon bah voilà, j’ai fait quelque chose, on a mis un mot sur mes maux (Christophe sort de là pour l’amour du ciel) : je suis une putain de cible de prédateurs. La pauvre petite biche égarée dans la forêt.

Moi la fille indépendante, intelligente, certains diront brillante (ou parce que bon), avec un sens certain de la répartie, qui s’offusque des humiliations quotidiennes faites sur les femmes, voilà que je fais partie de la catégorie la plus flippante de la terre : cible des prédateurs !

Mais si, les prédateurs, vous savez bien. Ce sont ces hommes qui ne vous aiment que pour ce qu’ils voient dans vos yeux lorsque vous les regardez : une soumission chronique (si, si, tout le monde le voit) , un amour tout à fait disproportionné vu les attentions dont il vous cajole, et le tout nourrit par une faille qui mène à la dépendance qui mène à « ne me quitte pas » qui mène à la loose.
Ces hommes n’aiment pas écouter, ça tombent bien, leurs victimes ont vite compris que parler d’elle-même ne les mènera pas à grand chose si ce n’est à être déçue. Mais en revanche, ils adoooorent parler. D’eux, surtout. A l’imparfait du subjonctif, au futur de subordination, au passé (souvent pas très simple), et au présent (dé)composé. Bref, parler d’eux. Et puisque ces femmes adorent écouter, il est où le mal, hein, il est où?
Alors comme ça, moi aussi j’ai été victime de ces hommes? Lamentable constat. J’ai honte. Pourtant je prends la pilule, je devrais être une femme émancipée.
Mais Maintenant que tu me le dis, c’est vrai que souvent lorsque je prenais la parole pour parler de moi, ses yeux s’échappaient ailleurs, il ne semblait pas très intéressé par la conversation (excuse moi, t’es qui déjà?) et ne semblait pas non plus trouver une grande vertu à la politesse qui te pousse à au moins faire semblant. Même pas un peu? Non?
Monsieur n’aime pas faire semblant et puis monsieur s’en fiche, quoiqu’il en soit, on restera poliment à notre place dans le lit tous les soirs de toute notre vie parce que QUOI vivre sans lui??? tu t’fous d’moi?!
Parce que oui, tu es heureuse avec ton prédateur. Oui bon d’accord, tu mets un peu d’eau dans ton vin pour lui plaire, ok tu en bois beaucoup du vin pour tenir le coup, c’est vrai qu’il n’est pas le plus câlin et qu’il est plus présent quand il a des soucis que quand c’est toi qui en as, et bon c’est pas faux qu’il n’aime pas quand tu lui demandes des trucs qu’il n’a pas envie de faire, et puis bon pendant que t’y penses tu ne fais pas TOUJOURS ce que tu veux… Par contre lui si… bref.
Le plus troublant c’est que ces femmes qu’on n’écoutent pas, ont souvent des choses passionnantes à raconter. Parce que vous avez peut-être remarqué que les victimes de prédateurs sont souvent fort instruites, avec des professions +++ et qu’elles déchirent dans leur genre (Je parle pour moi évidemment).  Des fille passionnantes, qui parlent plusieurs langues, qui brillent dans leur domaine, qui voyagent à travers le monde, qui inspirent tant et tant de gens, qui s’intéressent aux autres (c’est là que le bas blesse), qui sont souvent très intelligentes pour avoir compris qu’il est plus
préférable d’écouter que de parler, mais qui ne sont pas aller au bout du raisonnement à se dire : oui bon c’est point trop n’en faut.
Je me souviens de cette histoire que l’on m’avait raconté sur Norah Jones. NORAH JONES VICTIME DE PRÉDATEUR, TU VAS JAMAIS ME CROIRE!
J’étais allée la voir en concert au festival Jazz à Vienne. Je me souviens encore de sa tenue : une robe rouge parfaitement ajustée qui, même à 500 mètres le cul sur une pierre brûlante dans un amphithéatre comble, la mettait tellement en valeur que tu ne pouvais pas ne pas voir combien elle était belle. On ne pouvait pas passer à côté de sa beauté.
Et attends, elle commence à chanter.
Là tu te dis que soit le gars derrière sa console est le meilleur ingé son de tous les temps et il est temps dans ce cas que tu connaisses son prénom pour lui consacrer ta vie, soit cette fille là a une voix extra-ordinaire. Rien à voir avec ce que tu entends sur le disque. Un truc inhumain. De beauté.
Et voilà la robe rouge et la voix géniale s’installer au piano, puis à la guitare, puis au rhodes, puis re-piano, avec musiciens, sans, acoustique, a cappella, alanguie j’étais. Scotchée par autant de talent dans une aussi belle enveloppe. La fille qui a tout. Que tu ne peux même plus détester tellement elle a tout.
J’en reviens donc à mon histoire. Quelques semaines après cette rencontre avec la perfection-faite-femme je rencontre un ami qui bosse dans le milieu de la musique. Norah (oui parce que je l’appelle Norah) venait de sortir un album, je lui en parle pour avoir son avis. Sa réponse :
« Le problème avec Norah Jones, c’est qu’elle sort des albums à chaque fois qu’elle se fait larguer, et elle se fait larguer très souvent. »
QUOIIIII????
Au-delà du fait que cette affirmation ne semblait pas être une critique très positive sur son dernier album, un truc s’est soulevé en moi :
« MAIS COMMENT ÇA??? CETTE MEUF SE FAIT LARGUER??? »
« Ah bah oui ! » qu’il me dit « Elle prend toujours des loosers avec qui ça ne marche pas, elle se fait quitter, elle pleure, elle sort un album ».
QUELQU’UN POURRAIT-IL EXPLIQUER À CETTE DAME QU’ELLE EST EXCEPTIONNELLE ET QUE LES LOSSERS BAH C’EST JUSTE PAS POSSIBLE EN FAIT VU SON STATUT DE PERFECTION-FAITE-FEMME.
Et oui, même Norah Jones, belle, talentueuse, riche, inspirée, inspirante, éblouissante, est du genre victime de prédateur.
Encore un coup de la sensibilité.
Parce que pour être victime de prédateur il faut une grande sensibilité, sinon ils ne t’intéressent pas, tu passes ton chemin en te disant « whouahou c’est quoi ce loser?! »
Bah c’est mon mec. Je te présente?
Mais novembre c’est le mois sans tabac.
Je lance le « mois sans prédateur ». Tu paris qu’à noël t’es sevrée?
🙂
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Promis, un jour je te dirai je t’aime.

Et ce jour là, il ne fera pas beau. C’est comme ça, c’est une institution dans ma vie : les bons jours se font dans la brume, et les peines scintillent sous le soleil.
Alors ce jour là, forcément, pas de ciel bleu ou alors si, justement, pour tromper la tradition, et là on pourra vraiment se dire que c’est une journée spéciale. OU que tu es spécial.
Mais de toutes façons peu importe, je ne verrais que toi, comme dans les films où il pleut mais tout le monde s’en fout parce qu’on s’aime trop et qu’on vient juste de s’en rendre compte après tellement de péripéties.
Alors pluie ou brouillard, ça n’aura aucune importance mon amour. Sauf si tu viens tout juste de te laver les cheveux et qu’ils auront un effet un peu crépu comme on a tous en cas d’humidité et de cheveux propres. Gonflé et crépu. C’est très moche.
Et il faut que tu sois beau, ce jour là. Alors promis, tu ne te laveras pas les cheveux.
Ca sera le signe entre nous, tiens. Les jours de lavage, tu sauras que le je t’aime n’est pas pour tout de suite.

Parce que ton je t’aime, je veux le soigner. Je veux qu’il brille comme un sous neuf.
Après tout, tu l’auras bien mérité. Tu l’auras attendu quoi, 30-40 ans? Et moi à peine 30 ?(oui, je continuerais de mentir sur mon âge).
Donc voilà deux patients bien impatients de se dire des choses.
Bien sûr, tu sauras que ce n’est pas mon premier « je t’aime ». Il y en a eu des wagons d’autres avant toi.
Des je t’aime d’égoïste, de barbu, d’emmerdeur (souvent lié je n’ai jamais compris pourquoi), des je t’aime distingués mais pas sincères, des je t’aime qui se sont distingués par leur courte durée de vie, des je t’aime à la con, des je t’aime de cons, des je t’aime paresseux (puisqu’il faut bien aimer quelqu’un…) des je t’aime flamboyants (vous avez vu les filles comme il est beau??) des je t’aime aberrants (t’as vu son mec comme il est moche), des je t’aime d’inattention (pardon, vous êtes?), des abrégés (JTM), des qu’on abrège (tu vas rire, je te quitte), des qui nous tienne à coeur et que quelqu’un d’autre abrège (tu vas rire, mais je te quitte), des je t’aime qui font mal (putain, comme je l’aimais), des je t’aime qu’on ne dit pas, des qu’on regrette d’avoir dit, des qu’on a oublié (ah oui c’est vrai! ohlalala…), bref, toutes sortes de je t’aime parfaitement imparfaits qui font la vie, notre vie, avant NOUS.
Je ne sais pas trop à quoi va ressembler le tien, je ne sais même pas trop à quoi tu ressembleras ce jour là (tu auras les cheveux sales), mais je sais que je vais l’adorer. Comme je t’adore.
Vas-tu y répondre? Je ne sais pas. Tout le dilemme est là d’ailleurs. On n’ose jamais le dire en premier, une histoire de honte parait-il si ce n’est pas réciproque. Surtout si on est une fille. 2000 ans de « je t’aime » masculin en first, ça ne s’oublie pas si facilement.
Mais moi tu me connais, j’emmerde ce genre de tradition, alors je te le dirais en prem’s.
T’auras pas intérêt à me griller la priorité d’ailleurs.

Je ne sais pas si tu répondras.

Et puis non.

Tu me diras juste « Il était temps ».

Bon alors, c’est quand que tu arrives dans ma vie, que je te dise « je t’aime ».