Noël 2015, l’innocence en cadeau

A quoi rêveras tu ce soir sous le sapin? A ta belle voiture télécommandée que tu as gentiment demandé au père noel dans la lettre que ta maman a posté il y a déjà plusieurs semaines?(parce que, délai oblige, il faut bien que le père noel ait le temps de fabriquer ce cadeau magique).

Les étoiles que tu auras dans les yeux demain matin au réveil, en contemplant tous tes cadeaux au pied du sapin, seront-elles aussi brillantes que d’habitude? Ou verras-tu l’ imperceptible voile d’inquiétude dans les yeux des grands? Les cadeaux continueront de joncher le pied du sapin, rien aura changer, apparemment. Rien, sauf une insouciance morte. Le papier sera joli, des sapins et des étoiles dorés emballeront les cadeaux sur un fond bleu ciel, les guirlandes clignoteront, les huitres s’ouvriront et les verres s’entrechoqueront. Les « joyeux noel » retentiront, impercectiblement moins joyeux qu’il y a un an. Le coeur est différent. Nous serons heureux d’être ensemble, vraiment, peut-être pour la première fois. E pour la première fois, soulagés d’être là.

Je regarde ta peau blanche, translucide, sous laquelle les veines se dessinent par transparence. L’image même de l’innocence. Mon enfant, petit enfant fragile né sous la guerre, en France, ressens-tu la peur qui nous étreint autour de la table, au pied du sapin? A quoi penses tu lorsque tes yeux immenses et clairs se posent un instant dans le vide? Est-ce un air inquiet que je devine, ou le suis je tellement que je t’attribue ce sentiment qui t’épargne encore? Lorsque tes trop grands yeux quittent ton dessin pour se poser nul part et qu’un voile lointain envahit ton visage, à quoi penses tu? Ressasses-tu ta liste au père noel, inquiet d’y avoir oublié l’essentiel ou ressasses-tu d’autres listes,  trop entendus depuis des semaines, des listes de mots trop lourds pour tes 6 ans? Ceux des restaurants devenus dangereux et de concerts maudits?

Les anges sont toujours prisonniers de leurs boules sur le sapin, la musique de noel résonne dans la maison, les guirlandes brillent, mais lorsque tes grands yeux se posent ailleurs, j’aimerai, mon cher enfant, autant que toi peut-être, que le père noël existe.