Municipales: le vrai pourquoi du comment les femmes n’y vont pas.

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Si seulement 13,9% des maires de France sont des femmes,  ce n’est peut-être pas pour les raisons que l’on croit. Bien sûr, les hommes ont plus d’histoire dans la vie politique que les femmes qui n’ont le droit de voter que depuis 1946. Et pour se sentir légitime, il faut visiblement du temps, beaucoup de temps… Tellement de temps qu’aujourd’hui encore les femmes ont du mal à se lancer. Car il semblerait que nous soyons la cause de nos propres maux. Décryptage.

La loi sur la parité a quelque peu stoppé l’hémorragie, mais les disparités sont encore bien présentes. Si 53% des conseillers municipaux sont des femmes, à peine 14% des maires dirigent au féminin. Pourquoi ? Pour un souci de vision de soi tout d’abord. Il semblerait que les femmes ne se sentent encore pas assez « éligibles » pour ce genre de siège. Conseillères oui, maires euh….
Comme si leur récente histoire avec la politique ne leur donnait pas encore assez de légitimité pour s’en sentir capable. Car apparemment, c’est bien de cela dont il s’agit. Avant même de se voir mettre des bâtons dans les roues par des rivaux masculins, les femmes aiment se barrer elles mêmes la route à coup de « je n’en serai pas capable ».
Car s’il y a un milieu où l’on se doit d’être combatif, c’est bien celui de la politique.
Et si le combat est une vertu autant féminine que masculine, elle impose une certaine confiance en soi que les femmes ne semblent pas avoir acquis encore dans ce domaine.
Comme dans beaucoup d’autres domaines où le pouvoir serait en jeu.
Nawel Oumer, Adjointe PS au maire du 11ème et 2ème tête de liste lors de ces municipales, résume ainsi:
« C’est la peur des femmes de s’imposer, de parler en public, d’y aller qui les a longtemps paralysés. Aujourd’hui on se défait petit à petit de cela ».  « Le problème est que les listes doivent suivre des quotas pas uniquement basés sur le sexe, mais également sur l’âge, le milieu professionnel… Ce qui fait qu’un grand tri doit être effectué dans les prétendants au conseil municipal. Ce qui peut évidemment pénaliser des femmes, mais tout comme des hommes. Aujourd’hui dans les listes PS d’Anne Hidalgo, la parité est parfaitement respectée : 10 têtes de listes femmes pour 10 hommes. »
Cette fois ci donc, on dirait bien que les quotas ont joué leurs rôles. Mais n’allez pas lui dire que cette « mise au féminin » forcée des têtes de listes a dû laisser les bons éléments mâles sur le carreau au profit de moins femmes moins compétentes :
« Pour un compétent, il y a une compétente. Si on ne la trouve pas, c’est qu’on a mal cherché ». Voilà qui est dit.

MÈRE OU MAIRE?

L’autre raison de ce manque de femmes dans les mairies, ce sont les contraintes familiales. Pour les femmes, la compatibilité d’une carrière professionnelle et politique est souvent problématique. Les réunions sont tardives, les événement se déroulent souvent le week end, et les mères et conjointes culpabilisent souvent de laisser à la maison leur petite famille pour leur préférer leur petite (ou grande) municipalité. C’est pour cette raison d’ailleurs que bon nombre de femmes maires ou prétendantes au titres dans les petites communes ont plus de 50 ans. Enfants élevés, carrière faite, une autre voie s’ouvre alors devant elles. Si pour les hommes l’âge moyen est de 57 ans, cela est plus probablement dû à une longue carrière professionnelle qu’à une question d’éducation de progéniture! Mais pour beaucoup de femmes force est de constater que la vie de famille reste la chose à laquelle elles sont le plus attachées. La majorité d’entre elles ne privilégierait pas une activité difficilement lucrative comme une mairie, qui leur offrirait des dimanches après-midi choucroute au club de foot local, en lieu et places d’une ballade à vélo avec mari et enfants. Mais bien sûr, ce n’est pas pour tout le monde pareil et fort heureusement des femmes sont tentées de s’attaquer à la plus haute magistrature communale. Dans les petites communes notamment. C’est en effet dans les plus petites d’entre elles que l’on retrouve le plus de femmes maires. Moins de pouvoir donc moins attrayant pour ces messieurs? Hop, hop, hop, ne tirons pas de leçon globale et alarmiste. Car il est également vrai que plus les villes sont grandes plus elles sont gérées par nos vaillantes combattantes. Même si elles ne représentent qu’une centaines de villes.
Il faut bien un début à tout.

LA PETITE ENFANCE C’EST FÉMININ, L’URBANISME C’EST MASCULIN

Car bien sûr, la masculinisation des instantes politiques françaises n’aident pas à pousser les portes. Forcément, encore aujourd’hui, le pouvoir est entre les mains des hommes et beaucoup d’entre eux ne doivent pas se sentir prêts à le partager. En France, à l’assemblée nationale notamment, être une femme c’est faire partie d’une espèce en voix de disparition: 155 femmes à l’assemblée nationale pour 422 hommes. Il y aurait presque de quoi rire si nous n’étions pas en 2O14. Mais voilà, nous y sommes et à toutes les échelles du pouvoir, c’est un peu toujours la même chose et ça commence à être un tout petit peu pénible quand même.Car même les conseils municipaux, s’ils sont plus paritaires, sont encore largement segmentés:
« Dans un échantillon de 890 adjoints de villes moyennes françaises, on constate que l’enfance/la petite enfance/la famille, l’animation/la vie associative, le social et les affaires scolaires reviennent très majoritairement aux femmes (respectivement à 93%, 78%, 77% et 70%), alors que les finances et l’urbanisme (domaines les plus prestigieux, à en juger par le rang des adjoints correspondants), les travaux et le sport reviennent aux hommes (respectivement à 78%,75%, 69%) .Cette répartition presque caricaturale tant elle reflète les préjugés classiques s’accentue encore quand la taille de la commune et donc le prestige de la fonction augmentent et cette discrimination se perpétue avec la complicité, le plus souvent bien involontaire, des femmes elles-mêmes. »
Résultat d’une très sérieuse étude de Michel Koebel pour la revue Sciences-pouvoirs.
Bref, il n’y a pas que moi qui le dis.
Rappelons que dans le monde 80% du pouvoir est détenu par les hommes. Alors pour faire bouger les choses, commençons à le faire dans nos cantons, mesdames, pour qu’un jour la parité devienne mondiale… Même si nous ne serons plus là pour la voir !

INTERVIEW:
Cette semaine, Femme Atout Faire s’intéresse aux femmes de terrains. On est partis pour l’occasion à la rencontre de
CORINNE CARDONA, maire de Poleymieux au Mont D’OR (Rhône), candidate à sa propre succession. Elle nous parle de son idée de la parité.
(Divers droites)

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CORINNE CARDONA

Femme Atout Faire : Avez vous eu à subir durant votre première élection plus de difficultés du fait d’être une femme?
Corinne Cardonna: Non, j’ai été élue suite au décès du maire en activité.
FAF: Votre commune est-elle assujettie aux quottas de parité?
Corinne Cardonna: Oui, toute commune de plus de 1000 habitants.
FAF : Ces quottas sont ils une bonne chose selon vous?
Corinne Cardonna: Non, c’est n’importe quoi. Certes, il faut des femmes dans les conseils municipaux tout comme dans les conseils d’administration des entreprises mais de là à exiger la parité c’est beaucoup.
FAF : Pour quelles raisons il y a t-il si peu de femmes maires en France?
C.C : Les femmes sont moins disponibles que les hommes et culpabilisent si elles sont moins présentes chez elles. Elles manquent de confiance en elles et n’osent pas franchir le pas. Pourtant ce sont souvent elles qui ont le plus de diplomatie et savent être ferme : main de fer dans un gant  de velours.
FAF : Quand on sait qu’il y a 53% de conseillères municipales mais que ce chiffre tombe à 13,9% pour le siège de maire. A votre avis, quelles sont les raisons de ces disparités?C.C : Il y a une au sein du conseil municipal pour élire le maire et les adjoints, sans doute va t on élire plus naturellement un homme par rapport a une femme : des us et coutumes bien ancrées – les hommes maires – les femmes adjointes.
FAF : Un manque de motivation et d’engagement des femmes?
C.C :
Non les femmes sont très engagées.
Peut être choisissent elles leur engagement. Celui de maire est le plus compliqué / il prend beaucoup beaucoup de temps et de responsabilité.
FAF : Une volonté de leur barrer la route?
C.C :
Personne ne le reconnaîtra mais les hommes aiment le pouvoir – les femmes aiment aider et se rendre utile. Ce n’est pas la même notion de la fonction.
Les femmes travaillent plus dur pour exercer leur mandat pour être plus que parfaite.
FAF : Qu’est ce qu’il manque aux femmes pour s’engager d’avantage aujourd’hui?
C.C :
Que les mentalités changent.
FAF : Vous même avez vous beaucoup de femmes dans votre liste?
C.C :
8 femmes. J’ai du dire non à des messieurs très très bien et compétents pour répondre aux règles de la parité.
En conclusion, je dirai qu’il faut également que les employeurs aident les salariés ayant des mandats à disposer d’autorisation d’absence car souvent les réunions sont en cours de journée , difficile de tout mener de front : travailler et être femme. Ainsi que revoir le montant des indemnités : dissuasives pour les petites communes.

PERRINE VASQUE .

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