JOURNÉE DE LA FEMME: EN SYRIE AUSSI?

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En Syrie, des viols se perpétuent chaque jour sur des milliers de femmes. Devenus des armes de guerre à part entière, ils seraient commandités par l’armée de Bachar Al Assad. Dans les camps de détention, dans des appartements privés ou même dans la maison familiale sous les yeux de maris et de pères horrifiés, ils se multiplient pour maintenir la terreur et montrer l’exemple. La journaliste du Monde Annick Cojean, spécialiste du sujet, parle de plus de 50 000 viols en Syrie à ce jour.

Ce matin, le soleil se lève sur la France. Dans la presse, on découvre des écoutes illégales d’un buisson qu’on aurait oublié de couper cet hiver, une première dame qui n’en serait plus, un ex président corrompu jusqu’à ses talonnettes, et la crise, encore la crise, toujours la crise. Une crise qui raccourcira notre farniente au soleil de Sicile cet été, et nos belles descentes à Ski à  Courchevel cet hiver. Malheureux, on vous dit. A croire que nous serions mieux ailleurs.
Et pourtant.
A quelques milliers de kilomètres de là, mais pourtant pas aussi loin que notre indifférence est grande, des milliers de gens meurent.
Sous les coups, les balles, les bombes ou les viols.
Mais au journal télévisé, c’est le silence radio.

En Syrie aujourd’hui, et dans l’indifférence générale, la guerre continue. Plus sanglante que jamais. Et ce n’est pas parce que les occidentaux sont allés voir ailleurs si elles y étaient, que les violences cessent. Au contraire, elles se font en toute impunité, loin de nos regards, et proches de leurs villages.
Car après s’être essayé aux armes chimiques, Bachar Al Assad s’est découvert une autre arme de guerre tout aussi efficace: les viols. Pour cela, il munit ses soldats et agents secrets de stimulants sexuels, et ses victimes de pilules contraceptives.
Ces viols sont extrêmement durs à quantifier. Les femmes syriennes n’avouant jamais leur calvaire sous peine de bannissement. Mais on estime aujourd’hui à plus de 100 000 femmes détenues dans des camps de détention en Syrie. Lorsqu’on sait que le viol y est quasiment systématique, je vous laisse compter.
La journaliste du Monde Annick Cojean s’intéresse depuis de nombreuses années au sort des femmes en temps de guerre,notamment à travers les viols. Elle vient de publier un article édifiant sur ce massacre en Syrie.On y découvre des témoignages pétrifiants comme celui de Oum Mohammed (les noms ont été changé). Oum marchait dans les rues de Deraa avec sa fille lorsqu’elle a été arrêté de façon tout à fait fortuite. Les deux femmes ont alors été conduite dans un centre de détention de l’aéroport militaire de Mazzé. Sa fille, ayant une photo d’un rebelle martyr dans son téléphone portable, a été violée. Acte 1. Puis elles ont été emmené dans une cellule de 4 mètres sur 4 avec dix-sept autres femmes et enfants. Impossibilité de se laver, même pendant leurs règles, de se coucher, et leurs repas se résumaient à de la semoule dans de l’eau accompagnée de quelques défections de rats. Acte 2. Pourquoi un tel traitement? Pour rien. Pour une photo dans un portable pour l’une, pour être la mère pour l’autre.
Les 17 femmes ne sortent jamais de leur cellule, sauf pour quelques viols et tortures. Et lorsqu’elles se plaignent de leur traitement, c’est à coup de décharge électrique dans le vagin qu’on les fait taire.
Lorsqu’enfin on les autorise à sortir, le mari d’Oum est parti avec la voiture. Elle n’aura plus aucune nouvelle. Acte 3.

APRÈS LE VIOL, LA MORT SOCIALE

Car pour les femmes syriennes, le cauchemar ne s’arrête pas aux portes de la prison. Lorsqu’elles sont libérées, beaucoup se voit rejetées par leur famille ou belle-famille à cause du traitement qu’elles auront subi lors de leur détention. Dans cette société très marquée par la tradition, l’honneur de la famille passe avant ses membres. Ainsi, pour les femmes qui ne sont pas répudiées, un silence mortel leur est absolument obligatoire, ou c’est la mort sociale, le rejet, l’abandon.
Et les services secrets et autres bourreaux le savent bien. C’est en parti pour cela que les viols se dénombrent par milliers. Dans une société où le corps d’une femme ne représente rien, c’est le mari ou le père que l’on tente d’atteindre à travers lui.
Lors de Raids commis dans des villages, des miliciens pénètrent dans n’importe quelle maison et violent les filles devant leurs pères, les femmes devant les maris. Ivres de colère, ceux ci prennent les armes et il est ensuite facile de les massacrer en les faisant passés pour des terroristes. C’est en tous cas la thèse avancée par l’ancien président du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun.

« VIOLE TA SOEUR OÙ ON TE COUPE LA TÊTE »

Malheureusement, l’horreur ne s’arrête pas là et elle dépasse bien souvent l’entendement.
Comme pour la famille d’Hama, lors d’un Raid en plein village. Des miliciens entrent dans sa maison, et la trouvent avec ses 3 frères. Ils ordonnent au premier d’entre eux de la violer. Il refuse, on lui coupe la tête.La même chose sera demandée au second, même réponse, même châtiment. Quant au troisième, il acceptera, mais sera tué sur sa soeur qu’on arrêtera par la suite. Pour de nouveau, la violer, la torturer…
Ou à l’exemple de la femme de Yazan, psychologue de 28 ans qui nous parle d’un de ses patients arrêté avec sa famille pour suspicion d’activités révolutionnaire. Enfermés dans une maison privée où ils étaient torturés,sa femme se fendit le crâne devant lui à l’aide d’une hachette pour ne plus avoir à subir les viols que ses bourreaux lui infligeaient. Par la suite, son fils sera égorgé sous ses yeux.
Si on ne peut pas directement imputer ces crimes aux hommes de Bachar à l’Assad, nul doute ne semble plus permis.
Car bien qu’ils soient perpétrés pour certains dans des maisons privées, beaucoup trop de viols sont commis dans des détentions pour ne pas être un mode opératoire reconnaissable du régime de Damas.
Pour toutes ces femmes, aucun moyen de recours à une vie normale. Un déshonneur encore plus grand que l’horreur les attendra à leur sortie. Au contraire des hommes, eux, traités en héros lors de leur libération.

Vous avez dit la crise?
A force de tendre l’oreille pour espionner magouilleurs et compagnies par l’intermédiaire d’un dictaphone planqué dans un buisson, on en oublierait presque d’ouvrir l’oeil. Cet oeil qui pourtant, s’il restait ouvert, verrait l’horrible forêt que cache le buisson…

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Bachar Al Assad et sa femme, Asma

PERRINE VASQUE

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