Quand les ébats font débat

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Le message était clair, tout comme les sourires.

Hier, samedi 1er février, avait lieu à Paris et dans plusieurs villes de France une manifestation contre la nouvelle loi restrictive sur l’avortement prochainement votée en Espagne. Aux slogans surannés des années 70 qu’il a fallu dépoussiérés pour l’occasion, s’ajoutait un joyeux cortège à la détermination intacte.

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Sous le soleil hivernal de la capital, l’ambiance était chaleureuse parmi les manifestants.

Ils étaient plus de 30 000 personnes dans les rues de Paris hier, selon le planning familial, pour manifester leur soutien aux femmes espagnoles. « Plutôt jouir que de se reproduire ». Voilà qui donne le ton. Les slogans ne manquaient pas de fantaisie hier lors de la manifestation parisienne pour le droit à l’avortement. Parti de l’école militaire, le cortège a fini sa marche devant l’ambassade espagnole, dans les beaux quartiers de Paris. Si un déploiement impressionnant de CRS avait été prévu devant l’ambassade et aux alentours, la manifestation s’est déroulé dans le calme et la bonne humeur. Sous le soleil hivernal, la capitale avait des relents seventees. Certains slogans chantés « nous sommes tous des salopes avortées » faisant référence aux 343 salopes du manifeste de Simone de Beauvoir en 1971, rappellent que le combat n’est toujours pas gagné. « Inimaginable il y a quelques années de nous imaginer dans la rue aujourd’hui pour défendre à nouveau les droits des femmes à disposer de leur corps! » lance une manifestante. « On en est encore là! » renchérit son homme. Simone de Beauvoir l’avait pourtant prédit en déclarant un jour « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». Triste réalité.

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Les CRS étaient déployés devant l’ambassade espagnole.

Afin de dénoncer ce come back des mauvaises habitudes, des pancartes « Non au retour des anguilles! » dénonçaient doublement une dangereuse perspective de ré-apparition des avortements illégaux en Espagne et la volonté du gouvernement espagnole de faire revenir les femmes dans leurs foyers, tricots en main.
Cette question de probables avortements clandestins inquiète également Médecins du Monde, venus se mêler au cortège.

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Médecins du Monde, présent dans le cortège

Si quelques figures de proue du féminisme fleurissaient également le cortège, on aura notamment aperçut les Femen, couronnes de fleurs sur la tête, emmenées par Inna Shevchenko, ainsi que les mouvements » Osez le féminisme » ou encore « femmes solidaires ». Mais  la grande majorité des personnes présentes étaient des femmes et des hommes venus de tout bord. Les hommes d’ailleurs, mis soudain au coeur du débat par des slogans volontairement provocateurs « Et la vasectomie, on en parle? »
Mais tout ceci, dans une ambiance bonne enfant, où la musique et les sourires fleurissaient autant que les couronnes de fleurs des femen, habillées de pied en cap en ce 1er jour de février!

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L’ambiance était festive au sein du cortège.

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Des slogans en espagnol fleurissaient le cortège.

INTERVIEW DE MORUNI TURLOT
La Présidente du Comité des Filles du Monde Indien, qui milite pour le droit des femmes dans le monde, était présente dans le cortège et a répondu à nos questions.

Avez vous le sentiment que la manifestation d’aujourd’hui portera ses fruits et poussera le gouvernement espagnol à faire marche arrière?
Moruni Turlot:
Je suis assez optimiste. A Madrid, ils sont plus de 100 000 dans les rues aujourd’hui, et partout en Europe les gens se mobilisent. Il y a des manifestations simultanément à Amsterdam, en Turquie, en Italie… C’est très important surtout à un moment de notre histoire où encore trop de pays européens ont des lois très restrictives sur l’avortement. A l’exemple de l’Italie qui assure aux médecins une « close de conscience ». Ce qui fait qu’aujourd’hui, plus de 80% des médecins italiens refusent de pratiquer les avortements. Et nous ne parlons pas des pays où il est interdit, comme en Irlande.

Que craignez vous avec cette nouvelle loi espagnole?
M.T :
Ce que nous craignons, c’est un système de domino qui risque de toucher beaucoup de pays. En Espagne, vous aviez la possibilité d’avorter jusqu’à 22 semaines contre 12 en France. Beaucoup d’européennes, et notamment de françaises, passaient la frontière pour se faire avorter tardivement. Ce n’est jamais un choix, mais malheureusement, les femmes qui ne sont pas en attente d’un enfant ne sont pas toujours sensibles aux changements dans leur corps. Aujourd’hui, que vous faire ces femmes?

Cette manifestation est-elle aussi un moyen de pression sur les autorités françaises?
M.T : Oui, par notre présence aujourd’hui, nous voulons leur faire passer le message que nous sommes là, vigilants. Nous ne baisserons jamais la garde en ce qui concerne les menaces faites sur le droit des femmes. Même si, bien sûr, nous avons beaucoup de chance en France avec un renforcement récent du droit à l’avortement avec l’abandon de la notion de détresse abordée récemment. Mais nous avons vu à quel point cette question avait divisé l’opinion. Ce qui veut dire que l’avortement n’est encore pas accepté par tout le monde dans notre pays.

Quels sont vos prochaines actions?
M.T : Nous voulons que le droit à l’avortement devienne un droit européen, pour éviter les dérives dans certains pays. Malheureusement la question a été posée ces dernières semaines au parlement européen, et nous avons pu constater que de nombreuses pressions ont eu lieu pour annuler ce projet de loi. Pressions venues notamment de certains groupes de la droite conservatrice et religieuse.
Nous programmons donc une prochaine manifestation devant le parlement européen. Nous ne lâcherons pas la garde!

PERRINE VASQUE

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